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Marchands de farine noire / Les sites de charbonnage (Corbières)

La découverte du luòga, l’aire de carbonisation, espace circulaire noirâtre à la végétation rase, parfois délimité par des pierres de calage n’est pas seulement la révélation de l’emplacement d’un ancien fourneau mais aussi et surtout d’un lieu de vie, à la fois site de production et espace résidentiel aménagé.

La demande croissante de charbon de bois, combustible des forges artisanales aux XVIII et XIXe siècles a favorisé la profession et multiplié les aires de production en marge des ultimes bois de chênes verts des massifs. Les charbonniers contribuèrent avec les pasteurs et les chaufourniers à la désertification du pays ; une demie tonne de bois de chêne permettait d’obtenir environ cent kilos de charbon de bois.

Les derniers à officier dans les Corbières durant les décennies 1940-50 produisirent à l’usage quasi-exclusif des compagnies de transport pour les moteurs à gazogène et la consommation domestique. Des fours métalliques dont un spécimen est encore visible dans la combe de l’Hortoux à Feuilla ont parfois remplacé l’antique meule bâtie de terre et de bois autour de sa cheminée centrale. Mais la plupart des équipes restèrent attachées aux procédés traditionnels de carbonisation jugés plus nobles et qualitativement plus satisfaisants, toujours en quête pour l’honneur du métier d’un charbon dur, compact, sonore, d’un noir brillant « comme un clair métal ».

Ce qui ne les empêchait pas quelques fois pour des raisons plus prosaïques de tremper leur charbon dans l’eau pour en augmenter le poids et sa valeur marchande.

Les charbonniers furent avec les bergers, les derniers grands utilisateurs d’une garrigue aujourd’hui retournée au silence et à l’ensauvagement. Bien que la meule soit l’élément emblématique et révélateur des sites de charbonnage, elle ne constitue pourtant qu’un des pôles de la présence de ces maîtres du bois et du feu. La nécessité de contrôler attentivement la cuisson de la meule durant plusieurs jours et d’en répéter les cycles obligeait les charbonniers à partir en campagne pour de nombreuses semaines et rendait indispensable l’aménagement des sites de production,  la transformation d’un espace de travail en espace de vie, par des épierrements, des défrichements, l’érection d’une cabane.

Divers degrés d’aménagement en pierre sèche sont visibles selon les sites : parcelles de culture, enclos pour les bêtes, réserves d’eau, chemins boscatiers… avec toujours un soin attentif prodigué au lieu d’habitation, souvent une cabane parfois une grotte où le feu domestique contrebalançait celui qui couvait dans la meule.

La couche de branchage ou de jute revêtait une importance presque égale au foyer, haut lieu de convivialité ; un charbonnier de Roquefort n’hésitant pas à transporter sur son dos, à travers garrigue, un sommier jusque dans la caune de Griffoul qui lui servait d’abri.

Le charbonnier, artisan du feu, avait bâti son existence de familier des terres incultes entre les foyers maîtrisés de sa meule et de sa loge dans le maintien d’un équilibre précaire entre pôles domestique et sauvage.

Les derniers témoins en dépit de la rudesse et des difficultés de leur ancienne vie, en gardent un souvenir ému, empreint de mélancolie. « Ah! Les chaussures, qu'est ce qu'on en a souffert! Vous les jeunes, vous ne pouvez pas vous en rendre compte aujourd'hui. On les rafistolait avec des bandes de vieux tissus roulées, maintenues par de la ficelle ou du fil de fer »

N'empêche, prédomine malgré tout, chez ces anciens charbonniers, les reminiscences d'un nomadisme ancien, d'une tenace appartenance à une race disparue. La fierté d'avoir vécu « là-haut, dans la montagne touffue...parmi les clans patriarcaux des bûcherons... des brûleurs de bois et des sculpteurs d'écuelles ».



Bibliographie:

PALA Marc, 1995, L'homme et la garrigue / Images et mystères, Les Amis du Patrimoine Culturel de Sigean et des Corbières.


texte écrit par Marc Pala


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